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Chaque année, le dernier dimanche du Temps ordinaire marque la solennité du Christ, Roi de l’univers. Cette fête conclut l’année liturgique avant l’entrée en Avent : elle rappelle que toute l’histoire, toute vie, tout cœur, trouve sa fin et son accomplissement en Jésus-Christ.

Une fête récente mais essentielle

La fête du Christ-Roi est née dans une époque troublée. En 1925, le pape Pie XI publie l’encyclique Quas Primas. Le monde sort à peine de la Première Guerre mondiale ; les nations cherchent des repères, et beaucoup s’éloignent de Dieu au profit de doctrines politiques ou matérialistes. Pie XI y voit une dérive profonde : en effaçant Dieu de la société, on finit par perdre le sens de la dignité humaine.

La fête du Christ-Roi vient alors comme une profession de foi : le Christ est Seigneur, non seulement des âmes, mais de toute la création. Sa loi d’amour est la seule qui libère véritablement l’homme. Loin d’un triomphalisme, cette fête est un rappel d’ordre : aucun pouvoir humain n’est absolu, car toute autorité trouve sa mesure dans le regard de Dieu.

Une royauté à contre-courant

Le Christ ne règne pas comme les puissants de ce monde. Sa couronne est faite d’épines, son trône est la Croix. Devant Pilate, il déclare : « Mon royaume n’est pas de ce monde » (Jn 18, 36). Ces mots n’évacuent pas la terre, ils révèlent un autre mode de règne : celui de la vérité, du don et du service.

Le Royaume du Christ n’est pas une idéologie ; c’est une manière d’aimer. Il gouverne par la miséricorde, non par la contrainte. Son autorité ne se défend pas, elle se donne. Cette royauté paradoxale bouleverse nos représentations : le plus grand est celui qui sert, le maître est celui qui se fait esclave par amour.

Une évolution liturgique pleine de sens

D’abord célébrée le dernier dimanche d’octobre, la fête a été déplacée après le concile Vatican II par le pape Paul VI au dernier dimanche de l’année liturgique. Ce changement n’est pas qu’un détail de calendrier : il souligne la dimension eschatologique de la royauté du Christ.

À la fin des temps, proclame l’Évangile, le Fils remettra tout au Père, afin que Dieu soit « tout en tous ». Célébrer le Christ-Roi à la veille de l’Avent, c’est contempler le Seigneur glorieux qui vient et le Roi humble que nous attendons à Noël. La gloire et la crèche ne s’opposent pas : elles racontent la même histoire d’amour qui traverse le temps.

Le modèle du Roi véritable

Cette fête a aussi une portée humaine et politique. Elle nous rappelle que toute autorité terrestre — roi, chef, élu ou responsable — ne tient que si elle s’inspire de la royauté du Christ. Jésus est le monarque ultime, modèle du règne parfait : alliant miséricorde, justice et fermeté.

La miséricorde sans justice devient faiblesse ; la justice sans miséricorde devient dureté. Le Christ, lui, unit les deux : il pardonne sans céder, il juge sans condamner, il règne en serviteur. Cette harmonie fait de lui l’exemple suprême pour toute forme de gouvernement.

Dans l’histoire, certains souverains ont tenté de vivre ce modèle : saint Louis, rendant la justice sous son chêne ; sainte Élisabeth de Hongrie, partageant sa richesse avec les pauvres ; ou encore les rois et reines qui ont cherché à sanctifier leur charge. Leur autorité puisait sa légitimité dans le service du bien commun.

Aujourd’hui, même dans les démocraties, ce principe demeure : régner ou gouverner, c’est servir avant de diriger. La fête du Christ-Roi rappelle que le pouvoir n’a de sens que s’il reflète quelque chose du visage du Christ : vérité, droiture, charité.

Une royauté à vivre

Le Christ veut régner, mais pas d’abord sur les institutions : il veut régner dans nos cœurs. Là se joue la vraie bataille : laisser le Christ orienter nos décisions, inspirer notre regard sur les autres, éclairer nos priorités.

Le Royaume commence déjà ici, quand nous choisissons la vérité au lieu du mensonge, la paix au lieu du conflit, la fidélité au lieu de l’indifférence. Ce règne n’est pas imposé : il s’accueille, jour après jour, dans la prière et les actes.

Ainsi se comprend la dernière parole de la liturgie :

« À lui la gloire et la puissance pour les siècles des siècles. » (Ap 1, 6)

Non pas un cri de victoire lointain, mais une espérance active : le Christ est Roi parce qu’il est Amour, et cet amour finira par tout unir.


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