En ce cinquième dimanche de Carême, l’Évangile de saint Jean nous place face à une scène bouleversante : une femme, accusée d’adultère, est traînée devant Jésus pour être lapidée. Les pharisiens veulent piéger le Maître en l’obligeant à choisir entre la Loi et la miséricorde. Mais Jésus, par un geste mystérieux et une parole simple, désarme la violence et ouvre un chemin d’espérance. Cet épisode nous interpelle : que signifie aimer en vérité, à l’image du Christ ? Quelle place faisons-nous à la miséricorde dans notre vie quotidienne ?

Le piège tendu à Jésus
L’Évangile de Jean 8, 1-11 s’ouvre dans une atmosphère pesante. Jésus enseigne au Temple, et soudain, les scribes et les pharisiens font irruption, traînant une femme prise en flagrant délit d’adultère. Ils la placent au centre, exposée, humiliée. Mais, leur véritable objectif n’est pas de faire respecter la Loi. Ils veulent tendre un piège à Jésus.
S’il dit de la libérer, ils pourront l’accuser de trahir la Loi de Moïse. S’il approuve la lapidation, il contredira son propre message de miséricorde et pourra être dénoncé à l’autorité romaine. Jésus semble acculé. Et pourtant, il ne répond pas immédiatement. Il s’abaisse et se met à écrire du doigt sur le sol. Ce geste, aussi discret que mystérieux, désarçonne les accusateurs. Il renvoie peut-être aux Tables de la Loi, écrites par le doigt de Dieu, comme pour rappeler que Lui seul peut juger avec justice.
C’est dans ce silence, dans cette tension, que la lumière de la vérité va jaillir.
Un amour qui révèle la vérité
Lorsque Jésus se redresse, il prononce une phrase aussi simple que puissante :
« Que celui d’entre vous qui est sans péché lui jette la première pierre. »
Un à un, les accusateurs s’éloignent, frappés par la vérité de cette parole. Jésus ne nie pas le péché, mais il en appelle à la conscience de chacun. Il révèle une vérité que personne ne veut entendre : nous sommes tous pécheurs, tous en manque d’amour véritable.
Cet amour-là ne dissimule pas la faute. Il n’écrase pas non plus. Il éclaire, invite à se regarder en vérité. L’attitude de Jésus est à la fois juste et miséricordieuse. Il ne cède ni au laxisme, ni à la sévérité. Il ouvre un chemin de conversion.
Un amour qui sauve et relève
La femme est désormais seule face à Jésus. Il lui parle sans reproche ni mépris :
« Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus. »
Ces paroles résonnent comme une délivrance. Jésus ne nie pas le mal, mais il l’arrache à son emprise. Il donne à cette femme une chance nouvelle. Son regard ne juge pas, il relève. Il aime en vérité.
Dans cet échange discret, tout est dit : le pardon du Christ n’efface pas la gravité du péché, mais il ouvre la voie de la vie. Cet amour ne rabaisse jamais, il appelle à grandir, à se convertir, à renaître.

Aimer « en actes et en vérité » (1 Jn 3,18)
Saint Jean, dans sa première lettre, nous exhorte à aimer « non pas en parole ni par des discours, mais par des actes et en vérité. » C’est exactement ce que Jésus accomplit ici.
Il n’a ni fureur, ni condamnation, ni jugement expéditif. Il a un geste, un silence, une parole. Tout en lui est cohérent. Il agit avec justesse, avec miséricorde, avec vérité.
Dans notre monde souvent marqué par l’indignation rapide, les accusations faciles, ou à l’inverse une tolérance sans exigence, Jésus nous montre une autre voie : celle d’un amour qui sauve, relève et transforme.
Une leçon pour notre vie paroissiale
Ce passage d’Évangile n’est pas réservé à un lointain passé. Il nous parle ici et maintenant. Dans nos familles, nos groupes, nos communautés, nous sommes parfois tentés de juger rapidement, de rejeter, de condamner.
Mais Jésus nous rappelle que l’amour véritable commence par l’humilité : reconnaître nos propres failles avant de regarder celles des autres. Et surtout, savoir poser sur l’autre un regard d’espérance, de relèvement.
Notre paroisse est appelée à devenir un lieu de miséricorde, où chacun, quelle que soit son histoire, peut faire l’expérience d’un amour qui ne condamne pas, mais qui invite à repartir.

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